Le sexisme en medecine

Anne a commencé à ressentir des douleurs gynécologiques dès le début de son protocole de chimiothérapie. « Des oursins dans le bas-ventre » comme elle dit. Elle en parle à son oncologue qui lui prédit leur disparition avec le temps. Il faut qu’elle soit « patiente » , qu’elle « supporte« . Mais les douleurs ne cessent pas. Elle s’amplifient même avec l’hormonothérapie. Au fil des années, elle écume les spécialistes qui finissent par lui lâcher, excédés, que « c’est dans votre tête » et lui prescrivent des anxiolytiques. Anne ne peut plus avoir de rapports sexuels, trop douloureux. Elle pense à quitter son mari… elle l’aime pourtant. Une dernière visite chez une gynécologue parisienne spécialisée dans les soins post-cancer pose le diagnostic. Simple. Habituel après une chimio et une ménopause induite par les traitements : l’atrophie vaginale. Et non, ce n’est pas dans sa tête. Et oui, il y a des solutions. Anne, paradoxalement, respire, même si le diagnostic n’est pas folichon maintenant elle en est sûre : « Je ne suis pas folle ».

Combien de femmes se sont vu opposer à leurs symptômes bien réels des petites phrases assassines : « C’est dans votre tête », « Ne soyez pas douillette ! », « Il faut être patiente » ? Des jugements dangereux qui conduisent à une errance thérapeutique et une prise en charge tardive. Des arguments fallacieux, sans fondements biologiques, qui reposent essentiellement sur des stéréotypes de genre. Un sexisme qui ne devrait pas avoir sa place dans les cabinets médicaux et qui impacte directement la santé des femmes.

Des stéréotypes dangereux pour la santé

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On pourrait également citer les pertes cognitives liées aux traitements contre le cancer. Parce que les femmes sont « tête en l’air », cet effet secondaire est souvent minimisé quand il n’est pas tout simplement nié (lire notre article « Chemofog : la chimiothérapie provoque-t-elle des troubles de la mémoire ?« ). Il y a aussi les campagnes de dépistage du cancer colorectal qui semblent ne s’adresser qu’aux hommes alors que ce cancer est loin d’être sexiste avec 47% de femmes touchées. Sans doute est-il délicat de parler aux femmes de « fesses » ? Après tout, ce sont des princesses et elles ne font pas caca… (lire notre article « Cancer colorectal : les campagnes de dépistage seraient-elles sexistes ? »). Sans parler des crises d’hystérie qui sont étymologiquement l’apanage des femmes. Ce trouble psychiatrique, qui signifie en grec « matrice », est à l’origine du mot « utérus » : difficile donc de l’attribuer aux hommes.

En science, les femmes sont des hommes comme les autres

Si les médecins font une distinction entre hommes et femmes pour établir leur diagnostic, les chercheurs, quant à eux, n’en font pas dans leurs études. Pour eux, la femme est un homme comme les autres. Bonne nouvelle ? Et bien non. L’homme étant considéré comme le mètre étalon, la référence, les femmes sont très mal représentées dans les essais cliniques : on estime qu’un quart des patients recrutés sont des femmes. Et les conséquences sont désastreuses pour la gent féminine. Une étude menée entre 1997 et 2001 aux États-Unis par le Food Drug Administration, l’équivalent de l’Agence national de sécurité du médicament en France, a révélé que 80% des médicaments retirés du marché l’étaient en raison d’effets secondaires plus importants chez les femmes. Si dans la moitié des cas, cette plus forte proportion d’effets indésirables chez les femmes s’expliquait par le fait que ces médicaments étaient simplement davantage prescrits à des femmes, pour la moitié restante la différence homme/femme était bien réelle.

« Qu’est-ce que tu nous fais chier avec le vagin des femmes ! »

Ce manque de considération des spécificités féminines a également conduit à minimiser l’impact de l’hormonothérapie sur la sexualité des femmes. Des effets secondaires que le Dr Mouly, chirurgien gynécologue, avait osé soulever pendant la présentation des premiers essais cliniques sur les anti-aromatases et qui avait reçu un accueil sans équivoque de la part des autres médecins : « Qu’est-ce que tu nous fais chier avec le vagin des femmes ! »

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Heureusement, les choses commencent à changer. Les États-Unis ont été les premiers à réagir. Depuis les années 90, une loi impose aux chercheurs et aux laboratoires d’effectuer leurs études et leurs tests de médicaments sur les hommes et sur les femmes. Ils doivent également prendre en compte les spécificités liées au genre. En France, cette question n’a été débattue que dans les années 2000. Depuis 2013, l’Inserm dispose du groupe de travail « Genre et recherche en santé » chargé de sensibiliser les chercheurs et les médecins à la question des inégalités de santé liées au sexe et au genre. II ne s’agit pas pour autant de tomber dans l’idéologie, comme avertit Muriel Salle au micro de La tête au carré sur France Inter : « Demander une représentation paritaire n’aurait pas de sens mais il faudrait au moins une représentation en proportion de la prévalence de la maladie chez les femmes. »

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Article rédigé par Emilie Groyer pour l'association Rose-up

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